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Lettres sans réponse

[:fr]Ce combat mérite mieux qu’une bulle médiatique – Lettre à Greta[:en]Letter to Greta[:]

[:fr]Chère Greta,

Je ne sais si je suis en train d’écrire à un phénomène social, un produit médiatique, à l’incarnation d’une génération, au leader d’un mouvement, ou à une fille qui un jour d’école, a décidé toute seule a décidé de s’asseoir devant le parlement de son pays. Et à te dire la vérité, je m’en fiche. Je ne construis pas mes opinions sur celle des gens. Je ne me fais une opinion que sur ce que j’observe, ce que j’étudie et ce que j’expérimente. Mais peu importe ce que « Greta Thunberg » est en réalité. Elle est maintenant quelque chose qui compte et à qui nous pouvons adresser nos préoccupations. Comprends-moi bien, ce n’est pas une lettre de reproche ni de critique, ni un jugement sur ce que tu es ce que tu n’es pas ou ce que tu prétends être. Il ne s’agit pas de toi.

Il y a une semaine tu étais à Montréal devant 500 000 personnes marchant Pour le Climat, dans une ville de 1,78 millions d’habitants d’un pays (même s’il faudrait dire province) de 8,40 millions. À Paris, ville de 10 millions de personnes dans un pays de 60 millions, ils étaient entre 15 000 et 38 000 à marcher1. J’ai passé les deux moitiés de ma vie dans chacune de ces villes, et je ne suis pas surprise de la différence. En voyant les chiffres de ceux qui ont marché à Berlin ou Bruxelles proportionnellement, le pays qui se prend pour un leader un symbole de la lutte écologique aurait beaucoup à apprendre des autres peuples. L’année dernière, 100 000 personnes sortaient dans les rues de Paris pour célébrer la victoire de la Coupe du Monde. Voici la triste réalité, Greta : pour la plupart de nos contemporains, un ballon dans un filet est plus important que de sauver la planète.

« Ça fait du bien », n’est-ce pas ?

Comme tu disais en donnant les chiffres de la marche montréalaise, cela à dû faire du bien. Mais est-ce que la résistance est réellement une affaire de se sentir bien ?2 Est-ce donc un produit que nous devons rendre attractif pour que les gens se mobilisent ? Ou bien est-ce que la résistance consiste à comprendre les points faibles de l’adversaire et à mettre notre confort de côté pour être efficaces ? Bien entendu, si on peut avoir les deux, ce serait parfait ! Mais je ne me souviens pas d’une révolution dont la satisfaction soit que les gens se sentent bien. Évidement, se sentir unis est merveilleux et nécessaire à toute lutte. Mais c’est là sa condition, et non son but. Pourrait-on plutôt tirer satisfaction d’avoir fait quelque chose d’utile, même si c’est au prix de notre sécurité, de notre paix et de notre confort ?

Notre société a créé des individus en quête perpétuelle de leur plaisir, et cela jusque dans leurs révoltes. Quelle bizarrerie. Je me demande combien parmi le demi million qui a marché vendredi avec toi ont pris un café à la pause travail cette semaine, à la cafeteria, produit dans des plantations de monoculture. Combien ont mangé cette semaine une banane ou des bleuets du Mexique, comme en Europe nous mangeons des pêches et des tomates de cette terre de désolation espagnole, Almeria2 ? Combien sont passés au supermarché acheter des produits d’entretien pour la salle de bain, pour la cuisine. Combien ont acheté de l’essuie-tout3. Combien enroberont cette année leurs cadeaux de Noel dans du joli papier cadeau et combien planifient déjà leurs vacances dans un pays où ils iront consommer des restaurants des monuments et des hôtels. Et même parmi ceux qui font attention à chacun de leurs gestes, combien sont bien obligés d’avoir un téléphone portable contenant des métaux extraits par des enfants africains, combien doivent bien utiliser Google et Facebook, combien payent leurs impôts aux villes qui maintiennent les lumières allumées le soir, combien envoient des mails et sauvegardent leurs fichiers dans des clouds. La voici, cette vérité inexorable : nous sommes les enfants de ce monstre que nous combattons et que nous nommons néolibéralisme, consommation de masse, croissance infinie. Même les milliers de messages que nous envoyons pour organiser une marche pour le climat génère une pollution gigantesque dans les centres de données, ces bâtiments perdus dans des zones loin de tout et qui consomment tant d’énergie4.

Nous devons non seulement faire face aux puissants qui détruisent les habitats naturels pour exploiter plus de ressources, pour créer et transporter des biens de consommation, servant leur avidité, mais nous devons aussi faire face à notre propre reflet dans le miroir, et reconnaître qu’à chaque minute de nos vies, nous les aidons, nous les engraissons, nous les rendons plus fort, servant notre quête de plaisir et notre confort. Certains pensent que renoncer à ce confort signifie s’adonner à une vie de restriction et d’ascèse, ce que les gens des villes nomment vivre une vie simple. Mais c’est l’inverse : il ne s’agit pas de réduire notre plaisir et nos joies, il s’agit d’apprendre d’autres manières de cultiver notre plaisir et nos joies, non plus basés sur des plaisirs temporaires qui appellent d’autres besoins, mais basés sur la pure jouissance qui nourrit le corps l’esprit et l’âme.

/ AFP PHOTO / MATTHIEU ALEXANDRE

Ceux qui sont déjà sur ce chemin pourraient trouver injuste de nous flageller, alors que les premiers responsables sont les presidents des grands groupes et les gouvernements qui les soutiennent et les servent. Mais en temps de guerre, nous n’avons pas le temps de faire le tri des responsabilités. Chaque individu devrait être responsable pour l’humanité entière. Lorsque je sors mon sac de recyclage une fois par mois, et que je vois la poubelle du voisin pleine de cartons et d’emballages inutiles, puis-je vraiment rentrer chez moi et me dire Ce ne sont pas mes affaires, chacun est libre, chaque personne suit son chemin à son rythme. N’ai-je pas le devoir d’aller lui parler, d’amorcer un dialogue ? Pourrais-je dire tranquillement à mes enfants Moi j’ai fait ma part ! Nous savons que les petits pas ne sont pas suffisants. Mais tant que les individus engraisseront les entreprises qu’ils dénoncent en se disant qu’ils ne peuvent pas faire autrement, aucun changement ne sera possible. Ce que nous nommons le système n’est pas un monstre caché qui impose son règne sur des individus sans défense. Le système est le pacte que les individus font avec une série de croyances et leurs manifestations dans le réel qu’une poignée met en œuvre.

Je pose sur toi le regard d’une grande soeur. Non pas que j’ai la prétention de t’enseigner quoi que ce soit. L’âge n’a pas grand-chose à voir avec la sagesse. J’ai un peu plus qu’une décennie de plus que toi, et pourtant, j’ai l’impression que nous venons de mondes complètement différents, que nous voyons toutes deux le monde auquel nous aspirons s’évaporer, et que nous devons nous battre pour exister dans celui-ci. J’ai eu la chance de vivre une enfance sans internet, quand les téléphones ne servaient qu’à téléphoner, quand regarder un film, écouter de la musique, vérifier la météo, enregistrer quelque chose ou payer une facture, étaient des expériences totalement différentes. Puis à l’adolescence, internet et les petits écrans arrivèrent dans nos maisons. Et tout fut changé. Tu dois te demander ce que cela vient faire dans la lutte pour la protection du vivant. Et bien cette diversité d’expériences physiques nous a fait de nous des êtres sensibles au concret, à ce qui touche les corps et le réel. Je ne sais si tu t’es déjà interrogée sur le statut des trentenaires aujourd’hui. Nous vivons dans un monde où chaque génération est très isolée. Mais nous sommes dans une position très ambigüe dans cette société. Trop vieux pour en faire pleinement partie et trop jeunes pour avoir une place dans le monde de nos parents qui s’étiole. Je connais bien des trentenaires qui ont quitté le chemin qu’on leur avait tracé et dans lequel ils ont cru et sont devenus bergers ou artisans, construisent des maisons à énergie passive ou font pousser des plantes médicinales. De tous ceux que j’ai rencontrés et qui chaque jour oeuvrent, je n’en n’ai vu aucun qui participait aux marches pour le climat ou aux groupes en ligne pour sauver la planète. Ils n’ont pas le temps. Je crois que quand on grandit dans un monde où lire les infos, communiquer, créer un mouvement social, organiser une marche, se fait avec le même outil, où la popularité d’une nouvelle se mesure aux mentions j’aime ou je n’aime pas, les réponses virtuelles et les marches symboliques peuvent être interprétées comme un réel engagement. Seulement cette interprétation est culturelle.

Toute révolution a besoin d’un visage. Et même si les mouvements contemporains clament haut et fort qu’ils refusent la personnalisation, au point de nommer leurs membres intervenant dans les médias par le même prénom6, partout où tu te rends, Greta, la mobilisation augmente. Parce que nos démocraties ont échoué à établir un système juste de représentation des peuples, cela ne signifie pas que nous devrions renoncer à toute forme de représentation. Ce mouvement, donc, a ton visage. Et je regarde ce visage. Je ne vois pas de syndrome d’Asperger. Je veux dire par là que je le vois, mais tout comme je peux voir que quelqu’un a la peau noire, les cheveux blonds, des tatouages ou qu’il est aveugle. Cela ne contribue en rien à l’appréciation que j’aie de la qualité de cette personne. Je ne dirai pas le militant aveugle ou le militant noir. Je reconnaîtrai que son expérience en tant que noir ou en tant qu’aveugle a forgé sa vision du monde d’une manière que les « non Noirs » ou les voyants ne peuvent expérimenter, mais cela à mes yeux ne saurait lui donner ni lui retirer une légitimité. Mais c’est ainsi : les gens ont besoin de quelqu’un de « spécial » comme symbole. Je ne crois pas que tu sois plus spéciale qu’une fille de 16 ans qui aurait vécu dans dix pays différents, qu’une fille de 16 ans qui aurait élevée ses frères et sœurs à la place de parents déficients, ou qu’une fille de 16 ans qui aurait fui un mariage forcé. Mais si cela aide, allons-y, et ne perdons pas de temps.

Ce que t’écouter veut dire

Tu sais, les gens n’écoutent pas quelqu’un qui remettrait en question les fondements même de leur croyances et de leurs modes de vie. Seuls les sages le feraient, mais dans ce cas remettre en question les fondements de leur vie serait aberrant. Alors je me demande : est-ce que ces foules seraient encore prêtes à t’écouter si, après les avoir félicité de la beauté de leur geste, tu les mettais face à leurs contradictoires ? Est-ce qu’ils applaudiraient si tu leur demandais de commettre desactions sérieusement nuisibles à leur confort quotidien ? Si tout à coup tu faisais voler en éclat cette image d’Épinal des peuples qui ne demandent que le respect du vivant, face aux méchants puissants qui polluent et détruisent ? N’oublie pas, Greta, que derrière chaque sourire que tu vois dans les marches, il y a 10, 20, 100 personnes qui restent à la maison et s’en fichent. Si des milliers d’adolescents t’ont suivis, des millions vont toujours au McDo, disent que le Nutell c’est quand même trop bon pour arrêter, achètent les derniers vêtements fabriqués au Bengladesh et contribuent très consciemment à la destruction du vivant. Car nous avons inventé un être humain qui sait et qui ne fait pas. C’est peut-être là le grand accomplissement de ce siècle. Nous faisons face au fait douloureux que le changement individuel ne sera jamais suffisant, mais que sans lui rien ne sera possible. C’est notre force et notre alibi pour ne pas changer.

Je me demande aussi pourquoi ces représentants de l’ONU et des grandes organisations te reçoivent et t’écoutent ? Quel intérêt peuvent-ils bien y trouver ? Car il faut bien qu’ils y trouvent un intérêt pour te laisser quelques minutes de leur précieux temps. Sont-ils convaincus, mais si c’était le cas, comme tu le dis, nous en verrions la traduction dans des mesures. Sont-ils masochistes ? Ou bien acceptent-ils de jouer le rôle des méchants dans un spectacle médiatique, car ils préfèrent après tout des gens qui marchent dans les rues chaque mois avec de belles pancartes et de brillants slogans, que des citoyens qui cesseraient de payer leurs impôts ou leur facture d’électricité pour exercer une pression économique. Une fois que tu quittes la pièce, s’échangent-ils des sourires cyniques comme des parrains regarderaient par la fenêtre de leurs bureaux des enfants jouer à la guerre dans une cour de récréation ?

MONTREAL, QC – SEPTEMBER 27: Young activists and their supporters rally for action on climate change on September 27, 2019 in Montreal, Canada. Hundreds of thousands of people are expected to take part in what could be the city’s largest climate march. Minas Panagiotakis/Getty Images/AFP

Les mouvements sociaux contemporains passent énormément d’énergie sur le symbolique. Leur premier objectif semble être d’avoir un impact médiatique, car ils croient sincèrement qu’il suffira d’être visibles pour être efficaces. Mais notre monde est déjà rempli d’informations, de nouvelles quotidiennes, de haghtags populaires et de photos symboliques. Je ne dis pas que leurs actions sont inutiles, car les médias sont un pouvoir, tu en es la meilleure preuve. Je dis seulement qu’elles sont incomplètes. Voilà pourquoi je t’ai parlé du monde dans lequel j’ai grandi, où la différence entre le virtuel et le physique était claire. Aujourd’hui elle ne l’est plus. Si les Gilets Jaunes ont perturbé le gouvernement, c’est à cause des consequences économiques de leurs blocages, et non parce que leurs gilets jaunes étaient jolis à voir. Ta grève du vendredi était un véritable acte de désobéissance civile, car une élève qui sèche les cours s’expose à des sanctions et interrompt le cours normal de sa vie. Mais beaucoup de gens appellent désobéissance civile des actions qui ne les mettent en danger que pour quelques heures. Ils bloquent une banque et amènent des balais et des éponges pour « nettoyer » symboliquement la banque investissant dans des énergies fossiles7. Cela fait quelques articles dans les médias, ceux qui sont déjà convaincus applaudissent, les autres s’en fichent. Et après ? Après ils rentrent chez eux et se sentent bien. Les révolutions cherchent toujours à surprendre. Antigone a enterré son frère, bravant l’interdit royal. La désobéissance de Gandhi ne consistait pas uniquement à marcher et à s’asseoir, mais à boycotter les produits de la puissance occupante, ses institutions ses lois et ses impôts. Qui serait prêt à le faire parmi ceux qui nettoient les banques ? La définition que donne Thoreau de la désobéissance civile mériterait qu’on s’arrête sur chaque mot : « L’individu a obligation à ne pas être injuste et à ne pas offrir à l’injustice son soutien8. Thoreau a refusé de payer ses impôts pour protester contre l’esclavage, et pour cela, il a passé une nuit en prison. « Que votre vie soit la contre friction pour arrêter la machine. Je dois m’assurer de ne jamais, à aucun moment, participer à ce que je condamne. »

Tu as souvent rappelé à quel point la situation est critique, et que le temps nous est compté. Peut-être que nous n’avons plus le temps non plus de colorier des affiches et de mener des actions symboliques. Peut-être que ces marches pourraient être le ciment social qui amèneraient les gens à créer des groupes de travail et de discussion – et je parle de rencontres physiques et non d’interminables fils de discussion en ligne – et de mener des actions concrètes – et je parle là d’actions qui ne seraient peut-être pas agréables, mais qui exerceraient une réelle pression. Ton combat, notre combat, mérite mieux que de nourrir un enthousiasme médiatique. J’ignore si nous, enfants de ce système élevés dans l’individualisme, savons encore ce qu’agir collectivement peut vouloir dire. Si nous saurions nous organiser sans confondre distribution des rôles selon le talent de chacun et prise de pouvoir, sans confondre horizontalité et interchangeabilité des individus. Si la seule réponse que nous savons apporter aux menaces qui pèsent sur le vivant et de marcher et de nous sentir bien, d’écrire des slogans sur des cartons et d’en être satisfaits, alors je ne suis pas sûre que nous méritions le combat que nous portons.

 

 

 

 

 

 

 

1 https://www.lapresse.ca/international/europe/201909/21/01-5242206-casseurs-et-violences-assombrissent-la-marche-pour-le-climat-a-paris.php

2 https://lareleveetlapeste.fr/et-apres-face-a-lurgence-climatique-et-sociale-marcher-ne-suffit-plus/

3 https://www.hortidaily.com/article/9094630/almeria-s-agriculture-consumes-half-as-much-water-as-the-rest-of-spain/

4 https://dev.sarahroubato.com/po/representation/

6 Henry David Thoreau, Civil Disobedience, 1849.

8 Henry David Thoreau, Civil Disobedience, 1849.

[:en]Dear Greta,

I can’t tell if I’m writing to a social phenomenon, a mediatic product, to the face of a new generation, the leader of a movement or to a girl who just sat in front of a parliament one day. And to tell you the truth, I don’t care. I don’t build my opinions on what people say. I only have opinions on what I witness, study and experience. But whatever “Greta Thunberg” is, it is now something that counts and to which we can address our concerns. This is not a letter of reproach or criticism, it is not about who you are or who you are not or what you pretend to be. Actually It is not about you. It is meant to nourish reflection and action.



 Click here to read the French version of this letter

 

 

A week ago you were in Montreal facing half a million people marching For Climate, in a city of 1,78 million people and country (although we should say province) of 8,40 million. In Paris, city of 10 million people in a country of 60 million, between 15 000 and 38 000 people marched[1]. I have spent one half my life in Paris and the other half in Montreal, I know both cities and both people and I’m not surprised by this difference. Even when looking at the numbers of people marching in Berlin[2] or Brussels proportionally speaking, the country that claims itself to be a leader and symbol of fight for ecology would benefit from self-questioning. Last year, they were 100 000 in Paris to celebrate the French victory at the Soccer World Cup. Here is the reality, Greta : to most of our contemporaries, putting a ball in a net is more important than saving the planet.

It “felt good”, didn’t it ?

Still, it must have felt good as you said in Montreal. But is resistance really about feeling good ? Is it a product that we have to make attractive for people to join in ? Or is it about understanding the adversary’s weak points and putting our comfort aside to be efficient ? Of course if both could be done, great ! But I don’t remember any revolution being about people feeling good. Surely having the feeling that we are standing together is wonderful and necessary, but it is no more than the condition of the fight, not its purpose. What about the pleasure we could feel of having done something that is useful, even if it has cost us our security peace and comfort ?

Our society has created individuals everlastingly running after their own pleasure, even in their revolts. How awkward. I wonder how many among this half million who marched last Friday with you stirred their coffees this week at break time with disposable sticks and coffee produced in massive monoculture plantations. I wonder how many had a banana from USA or blueberries from Mexico, as we in Europe have tomatoes or peaches from this land of desolation Almeria[3] in Spain, how many went to buy some sprays to clean the house[4]. How many use paper napkins and will be getting their Christmas presents wrapped up in beautiful coloured paper. How many plan their holidays in some country where they would consume restaurants monuments and hotels and then leave. And even those who watch carefully each of their steps couldn’t stop using a smartphone, fill in the car’s tank, use Google and Facebook, pay taxes to cities that keep lights on everywhere at night, send emails, buy electronic devices that contain metals extracted by little kids in African mines. For this is the inexorable truth : we are the children of this monster we are trying to fight which we call neoliberalism, massive consumption, endless growth. Even the thousands of messages we send to organize any protest for the planet create massive pollution in some data center[5] in no-man’s lands.

Not only do we have to face the powerful few who are destroying natural habitats to exploit more resources, create and transport more manufactured goods in the pursue of their own greediness, but we also have to face our own reflection in the mirror, and acknowledge that at every minute of our lives, we are helping them, feeding them, making them stronger, in the pursue of our pleasure and comfort. Some believe that giving up this comfort would mean living in pain and restriction, or what people of the city call living a simple life, when it is the other way round : it is not about reducing our fun and pleasures, it is about learning other ways of having fun and pleasure, which are not based on temporary pleasures calling for more needs, but of full rejoicing feeding the body spirit and soul.

Those who are already on this path may say it is unfair to blame ourselves, that the first ones to blame are the presidents of big companies and governments who help them. The thing is, in times of war we don’t have time to sort who has more responsibility and leave the rest to later. Each individual should be able to bear responsibility for all humanity. When I get my recycling bag out once a month, and see the neighbour’s garbage full of recyclable items and useless packaging, I cannot just go home and say to myself Well, it’s not my business, everyone is free, each person walks his own pace. Am I not responsible to go and talk to my neighbour ? For I couldn’t tell my kids But I did my share, you know ! Small steps are not enough, we all know that by now. But as long as individuals feed companies they criticize, believing they have no choice, no change will be possible. What we call the system is not a secret monster imposing its rule on defenseless individuals. It is the pact that individuals make with a series of beliefs and their translation in the real world, run by a few.

I look upon you like a little sister. Not that I have the pretention to teach you anything. Age has little to do with wisdom, and I have been meeting teenagers your age in the past years, offering them to write open letters, and often wrote that they should fully participate in public debate.  I am only a bit more than a decade ahead of you, and yet, I have the feeling we come from different worlds, that we both missed the one we hoped, and are struggling to survive in this crazy one. I was lucky to live a childhood without internet, when phones just called and when watching a movie, listening to music, checking the weather, record something or pay a bill, would be completely different experiences. Then internet and screens arrived in our homes when I was a teenager. And all was changed. This may look like it has nothing to do with our fight to preserve the living, but this diversity of physical experiences made us sensitive to what is concrete and what we can touch and feel. I don’t know if you ever considered the ones who are around 30 now, but they are in a very ambiguous position in society. Too old to be completely part of the contemporary world and too young to have a place in the previous one. I know many thirty-year-olds who let go the path that had been drawn for them, and go to be shepherd, build sustainable houses, grow medicinal plants. Of all the ones I met, they don’t take part in marches for climate or online groups to save the planet. I guess when you grow up in a world where you get information, communicate, create a movement, organize a march with the same tool, where the popularity of an event is measured by the number of Likes, then virtual responses and symbolic marches may appear like a proof of true engagement.

Any revolution needs a face. And although contemporary social movements maintain they refuse representatives, to the point of calling any member who would go on the medias by the same name in Paris, wherever you show up, Greta, more people march. But because our democracies have failed to create a fair representation of the people, it doesn’t mean any type of representation should be systematically refused. So this movement now has your face. Let me look at that face. I see nothing like Asperger syndrome. I mean I see it, as much as I see someone has dark skin, blond hair, tattoos or is blind. It doesn’t help me build any opinion on that person’s quality. I won’t say The blind guy or The black guy. I will acknowledge that his experience as black or blind give him a vision of the world which non-black people or sighted people don’t have, but that certainly won’t determine my appreciation of his legitimacy. But people need special people as a symbol. I don’t think you are any more special than a 16-year-old girl who would have lived in ten different countries, than a 16-year-old who would have taken care of her little brothers and sisters because of deficient parents, or a 16-year-old who would have run away from forced marriage. But if it helps, so be it, let’s not waste our  energies and let’s try to be efficient.

Listening to you 

You know, people will not listen to someone who puts them into question and smashes the fundamentals of their beliefs. Only the wise would, but then there would be no need to smash their beliefs. So I wonder : would those crowds you are facing be willing to listen to you pointing at them not only the beauty of their gathering, but also their contradictions ? Would they applaud if you asked them to take serious action that would threaten their everyday comfort ? If you suddenly pulled off the first layer of the beautiful painting showing good people who want to respect the planet fighting the bad powerful few polluting and destroying it ? Don’t forget Greta, that behind each smiling face you see in a march, there are tens, twenties, hundreds of people who stay home and don’t care. If thousands of teenagers your age march with you, millions of your age do not, go to McDonald’s, say Nutella is too good to stop eating it, buy the latest fashion manufactued in Bengladesh and contribute very consciously to the destruction of the world. For we have invented a human being that knows and yet doesn’t act. This may be the 21st century achievement. We are facing a necessity of individual change that will never be enough, but without which nothing will be possible.

And I also wonder : why do these representatives at UNO and other organizations receive and listen to you ? What can possibly be their interest ? Is it that they are convinced, in which case as you say, they would really put measures to act ? Are they masochistic ? Or do they take it as a mediatic show in which they play the part of the bad guys because they would rather have people marching in the streets every month with nice drawings and slogans, than citizens blocking the economy by refusing to pay their taxes or electricity bills to put economic pressure ? After you leave the room, wouldn’t they exchange cynical smiles and look upon the Marches for Climate like godfathers and elders of a family would watch from the window of their office kids playing war in the playground.

MONTREAL, QC – SEPTEMBER 27: Young activists and their supporters rally for action on climate change on September 27, 2019 in Montreal, Canada. Hundreds of thousands of people are expected to take part in what could be the city’s largest climate march. Minas Panagiotakis/Getty Images/AFP

Social movements today put a tremendous amount of energy on symbols. Their first objective seems  to have mediatic impact, because they truly believe that making people talk about something would be a useful action. But our world is already full of informations and daily news, popular hashtags and pictures. I’m not saying it’s useless, because medias are power, and you are a great example of it. I’m just saying it is incomplete. This is why I started telling you about the world in which I grew up as a kid, in which we made a clear difference between virtual actions and concrete ones. Today the frontier is blurred.  If Yellow Jackets in France disturbed the government, it’s because of the economic consequences of their blockings. If they had just been yellow jackets quietly marching, no public debate would have taken place, whether or not that debate was enough. Your Friday strike was a true civil disobedience act, because a student who misses school is subject to sanctions and interrupts the natural flow of his life. Yet a lot of people call civil disobedience actions that only put them at risk for a few hours. They block a bank and bring brooms and sponges to show they “clean” it from its investments in fossil energies[6]. This makes a few articles in the medias, those who are already convinced applaud, others don’t care. And then what ? They could be arrested on the spot, but when they go back home and feel good, their ordinary lives have not changed. ? Revolutions has always been about finding new and unpredictable ways to act. Antigone buries her brother, going against the law of the kingdom. Gandhi’s action was not only sitting and marching, but boycotting Britain’s products, government service, foreign goods, and refusing to pay taxes. Thoreau’s words to describe civil disobedience could certainly be meditated for some time :“What I have to do is to see, at any rate, that I do not lend myself to the wrong which I condemn”[7].

He refused to pay taxes to protest against slavery and spent a night in jail. This is anything but comfortable. : “If it is of such a nature that it requires you to be the agent of injustice to another, then I say, break the law. Let your life be a counter-friction to stop the machine”.

You often point out how the situation is critical and that we are running out of time. Maybe we are running out of time for symbolic marches that just make us feel well. Maybe these marches should be the social glue that would bring people to create groups of discussion – and by that I mean real physical meetings, not online neverending comments, and take concrete actions – and by that I mean actions that may not be agreeable, but that may bring real pressure against leaders. Your fight, our fight, deserves more than just feeding mediatic enthusiasm. I don’t know if we, children of this system, brought up in individualism, still know how to act collectively and concretely. If the only answer to the threat on life on Earth is to march and feel good, write slogans on cardboard and be satisfied with it, then I’m not sure we are worthy of this fight.

 

 

 

 

 

 

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[1] https://www.lapresse.ca/international/europe/201909/21/01-5242206-casseurs-et-violences-assombrissent-la-marche-pour-le-climat-a-paris.php

[2] https://www.notre-planete.info/actualites/3139-mobilisation-mondiale-marche-climat

[3] https://www.hortidaily.com/article/9094630/almeria-s-agriculture-consumes-half-as-much-water-as-the-rest-of-spain/

[4] Some will say poor people don’t have the choice, but I am sure you know about making choices with whatever means we have. I know so many people who are truly poor, eat local food, go to second hand stores, and have a lot of pleasure eating and buying clothes. But we would rather simplify and just say that only rich people can. The truth is, although it is easier when one has money, everyone can make huge changes, if only they are ready for it.

[5] https://www.nationalgeographic.com/news/energy/2014/08/140826-nrdc-data-center-energy-waste/

[6] Climat-Societe-Generale-visee-par-des-actions-de-nettoyage-partout-en-France

[7] Henry David Thoreau, Civil Disobedience, 1849.[:]

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